Pleins feux sur les livres sur le tennis de table

Voici les trois questions que je me suis posées à propos du ping dans les livres.

  1. Existe-t-il des livres qui expliquent la technique et la tactique spécifique au ping ?

  2. Existe-t-il des livres sur la préparation mentale spécifique au ping ?

  3. Le ping est-il présent dans la littérature ?

Et voici mes réponses ! Elles pourront vous sembler étonnantes ou banales. Elles sont ce qu’elles sont ! Elles s’adressent aux personnes pour lesquelles le livre reste une source importante de connaissance. Je n’ose même plus dire primordiale !

Il m’est apparu facile de répondre à ma première interrogation ! J’ai entraîné (bénévolement et professionnellement) de 1980 à 2018, surtout des jeunes, puisque c’était « ma spécialité ». Je me souviens très bien comment étaient les jeunes de mes débuts : ils venaient avec beaucoup de motivation et n’y connaissaient rien en ping, ni sur le plan de la technique (les gestes) ni celui de la tactique (le jeu). Il fallait que l’entraîneur leur « démontre » les gestes techniques du plus simple au plus compliqué (de la poussette sans effet au top spin du revers) pour qu’ils voient comment faire chaque coup ; ensuite il fallait leur faire répéter inlassablement en les corrigeant, surtout les moins talentueux. Ils acquéraient ainsi les coups plus ou moins rapidement. En même temps, je leur faisais pratiquer toutes sortes de jeux en comptage de points pour leur faire comprendre des tactiques plus ou moins appropriées à leur habileté pour qu’ils apprennent à les utiliser.

La dernière année (2018) pendant laquelle j’ai entraîné bénévolement au SPO Rouen un groupe d’une vingtaine de jeunes trois fois par semaine, la situation avait bien changé. Top spin du revers ? Pas de problème, ils connaissent tous, ils ont tous vu et revu les meilleurs pongistes mondiaux en vidéo avec des ralentis qui décortiquent les gestes milliseconde après milliseconde. Ils savent tout faire par imitation et n’arrêtent pas d’essayer quand ils sont livrés à eux-mêmes. Le rôle de l’entraîneur est alors d’affiner le geste, de l’ajuster à la qualité de la balle qui vient (jamais la même) etc. Et la tactique me direz-vous ? C’est pareil. A force de visionner des matches de haut niveau, ils repèrent les différentes tactiques des joueurs. Il suffit alors d’affiner leur vision avec eux et aussi sur leurs propres matches filmés.

Vous avez compris, tout a changé.

Entre le début de ma « carrière » sur le club de l’Arlequin de Grenoble (que j’ai cofondé en 1979) et le SPO Rouen en 2020, la technologie a tout bouleversé.

Alors, quand je jette un œil compatissant sur tous les livres explicatifs de la technique et de la tactique qui ont été publiés, je me dis, bon sang, ils ont pris un sacré coup de vieux ! Oublions-les ! Ils ont fait leur temps, même s’ils avaient leur utilité quand ils ont été publiés !

Mais ne jetons pas avec l’eau de ce bain, le bon livre biographique de « maître Jacques » : je suis un enfant de la balle !

Existe-t-il des livres sur la préparation mentale spécifique au ping ?

Mais qu’en est-il maintenant de ma deuxième question concernant le « mental » spécifique au ping ? La préparation mentale est-elle expliquée aux nuls dans des livres ? N’importe quel compétiteur ou compétitrice de tennis de table, même affublé.e d’un classement départemental, connaît l’importance du mental pour gagner ou perdre un match. Qui n’a pas vécu la détestable expérience d’être battu par un joueur ou une joueuse largement inférieur.e techniquement mais habité d’un mental d’acier ? C’est rageant. Il pourrait donc être utile de consulter des livres sur les techniques de gestion du stress en compétition. Pour ce faire, il faut dissocier l’avant-match du match lui-même.

  • Pendant le match, selon moi, la question se joue autour de ce que j’appelle la « gestion des temps morts », c’est-à-dire les temps pendant lesquels vous ou votre adversaire allez ramasser les balles avant l’engagement suivant ; vous y ajoutez les temps de non-jeu entre les sets et celui éventuel du temps mort. Tous ces moments plus ou moins longs pendant lesquels vous ne jouez pas. Pourtant, pendant tout ce temps, votre cerveau, lui, s’occupe. Et si vous le laissez s’occuper « seul », il va vous pourrir le match avec des idées du genre, c’est bon, je suis en train de gagner, ou bien de toute façon, c’est fichu j’ai perdu, qu’est-ce qu’il m’énerve ce con à tout le temps crier tcha à chaque point, il prend tout son temps ce vieux con pour ramasser la balle, etc.

Avec ces pensées inutiles ou pire, négatives, adieu votre concentration, bonjour la défaite assurée.

Au contraire, c’est à vous d’occuper votre esprit avec des pensées utiles ou positives : bon là on est en fin de set, à moi de servir, quels sont les deux services qui l’emmerdent le plus, quels sont les enchaînements qui m’ont réussi jusqu’ici, ou si c’est à votre adversaire de servir, quel est son service qui m’emmerde le plus que j’ai foiré à chaque fois, c’est sûr il va le refaire, comment changer ma réponse, quel est son point faible, comment ne pas jouer dans son point fort, etc. Vous avez compris, vous devez rester concentrés sur votre jeu et celui de votre adversaire. Vous pouvez ajouter des pensées d’encouragement : je me bats sur chaque point, jusqu’au dernier point ce n’est pas fini, etc. N’oubliez pas, c’est un acte volontaire. Vous devez l’imposer à votre machine cérébrale. Sinon, elle fonctionne d’elle-même et bonjour les dégâts.

  • en dehors du match, je vous conseille la méditation alliée à la technique de respiration ventrale (qui s’applique très bien pour la « gestion des temps morts »).

Attention de ne pas utiliser des techniques qui abaissent trop le stress (le yoga souvent) ce qui pourrait couper l’herbe sous les pieds de votre combattivité !

Alors ? Et les bouquins ?

C’est un peu le même problème que pour la question 1 : les neurosciences et la technologie avancent tellement vite qu’il est difficile de faire un livre sur le mental dans le ping. Je n’en citerai qu’un. Par contre, sur la Toile (web) vous trouverez quantité d’articles et d’exercices sur le développement de votre mental en général et en compétition, et aussi et surtout, sur la méditation.

J’en arrive à ma troisième question  : le ping dans la littérature.

Y répondre m’a beaucoup intéressé. Je vais sans doute vous décevoir comme je l’ai été moi-même : en langue française, je n’ai trouvé que trois écrivains pongistes ! Et encore, à ma connaissance, parmi ces trois, seulement deux parlent de ping dans un seul de leurs romans ! C’est peu, c’est très peu. J’attends et j’espère que vous allez me contredire et que vous allez me faire connaître d’autres écrivains pongistes qui parlent de ping ! Ou des écrivains qui écrivent sur le ping sans pour autant le pratiquer !

« Donc, moi, chaque fois qu’il bruine et vente dans mon âme et qu’il y fait un novembre glacial, j’attrape mon sac de sport et je fonce à la Bastille, où se trouve mon club de ping-pong, dans une petite rue latérale. Je représente les travailleurs du métro de Paris et leur fédération de clubs, l’Union Sportive du Métro. Je joue dans une catégorie mineure, contre des jeunes agressifs dont le service est si vicieux que j’arrive à peine à voir la balle. Mais ça n’a pas d’importance. Ma raquette spéciale à moi ressemble à une lame de samouraï masquée d’une couche de petites pointes en caoutchouc tendre : c’est un picot. »

Extrait de Ping-pong de Jerome Charyn, éditions Robert Laffont - 2003

titre anglais : « Ping-pong and the art of staying alive » – 2OO1

Jerome Charyn est un romancier américain né dans le Bronx en 1937. Auteur de beaucoup de  romans publiés dans le monde entier. Charyn est un amateur avisé de base ball et un pongiste passionné de compétition. Dans ce livre, il raconte l’histoire du ping à travers les tournois et les matches qui se pratiquaient nombreux à New-York à une certaine époque révolue. Comme il a vécu aussi longtemps à Paris, il a pratiqué au club du métro, bien connu, où il passait des heures notamment en confrontation avec Georges Moustaki, le célèbre chanteur (« avec ma gueule de métèque de Juif errant de pâtre grec… »). Il raconte tout ça avec force détails sur la technique, la tactique et le mental des joueurs. J’ai trouvé ce livre passionnant. Celui qui aime notre sport ne peut qu’être conquis par ce livre.

« C’est la soixante-dixième année que je joue au ping-pong écrivait Henri Miller dans « Ma vie et mon temps » (1971). J’ai commencé à dix ans sur la table de la salle à manger. Le point focal de ma maison, c’est la salle de ping-pong. Miller avait joué dans le monde entier (…) à Clichy avec Anaïs Nin (…) C’est sans doute le plus célèbre pongiste de tous les temps (…) parce qu’il a fait du ping-pong un jeu emblématique opposant la vie à la mort, un combat à la fois détendant et délicieux qui lui était absolument essentiel. »

Extrait de Ping-Pong de Jerome Charyn.

Comme je l’ai dit, en 2018, j’officiais comme bénévole au SPO Rouen. En plus de mon apport à l’entraînement, je participais à l’équipe d’organisation de la Pro A au Kindarena.

Lors d’un match, j’ai eu l’occasion d’échanger quelques propos et aussi quelques balles avec Michel Bussi devant le public en « avant-match ». Le président du SPOR (Dominique Fache) l’avait invité et m’avait demandé de faire quelques échanges avec lui, « entre écrivains ». J’ai dû emprunter la raquette d’Éric Varin beaucoup trop rapide pour moi et je me suis fracassé contre l’anti-top de Michel Bussi. La honte. Mais il m’a promis une revanche. Michel Bussi, l’écrivain et le pongiste, est devenu le parrain de l’équipe pro du SPOR. Dans les quelques romans haletants (sa marque de fabrique) que j’ai lus de lui, il n’est jamais question de ping. J’ignore s’il parle de ping dans un de ses romans. Quand il lira ceci, il répondra à la question. Je ne présente pas ici tous les thrillers de Michel Bussy, tout le monde connaît l’écrivain dans le top 3 des ventes en France.

Michel Bussy

Le troisième pongiste et écrivain que je présente ici ne joue pas dans la même catégorie que les deux premiers. Il s’agit modestement de ma personne.

Dans mon quatrième roman, « ne le laisse pas tomber, il est si fragile », le ping apparaît pour la première fois

« Je suis hilare. Le phénomène Quentin annihile chaque intention de son adversaire l’une après l’autre. Celui-ci envoie un service diabolique, il déjoue la ruse du serveur. Et ses propres services sont dévastateurs. Leurs effets sont dissimulés. Il fait croire l’inverse de ce qu’il fait. Il déroute, il décourage car il est rarement pris en défaut. En un mot, il est redoutable et gravit les échelons avec des bottes de sept lieues. Et bien, quand il aura dix-huit ans, il gagnera au moins cinq fois plus que son entraîneur favori, pas du tout ébranlé par cette vérité. Un blanc bec que j’aurai entraîné pendant des années, trainé dans tous les gymnases de France et de Navarre, à qui j’aurai sacrifié un nombre incalculable de week-end, va gagner infiniment plus que moi. Je trouve ça formidable. C’est vraiment être un chic type ou je ne m’y connais pas. »

Pierre Ferin

« ne le laisse pas tomber, il est si fragile », Editions Encre Rouge

Mon 4ème roman « ne le laisse pas tomber, il est si fragile », raconte une histoire d’amour ratée qui dure dix ans, depuis la première rencontre sensuelle jusqu’au divorce tumultueux. Le titre est un détournement du fameux tube des années 80 et montre que les hommes sont bien plus fragiles qu’on ne le pense. Dans un couple le dominant n’est pas toujours celui qu’on croit. Les histoires de couple (surtout malheureuses) intéressent tout le monde car presque tout le monde est concerné. Dans ce roman, comme le héros narrateur est un entraîneur de ping, il y a beaucoup de séquences qui se passent dans des salles d’entraînement et lors de compétitions entre jeunes. Cela devrait plaire aux pongistes. De plus, la relation entraineur-dirigeants (de club et fédération) est décortiquée. Le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’est pas toujours des plus faciles. La façon dont j’en parle pourrait interpeller dirigeants et entraîneurs actuels. C’est un roman à la fois drôle, érotique, profond et dramatique. C’est un roman de fiction basé sur beaucoup de « vécu » !

« Tout en part, tout y revient » un thriller sur fond de religion, qui se passe entre Toulouse et Cordoue en Andalousie !

« L’insupportable perfection de l’être » un recueil de douze nouvelles ironiques, drôles, dramatiques, érotiques…

« Vous saurez tout sur Marc Dubois sans l’avoir jamais demandé » biographie déguisée sur les années tumultueuses de ma jeunesse (14 ans – 35 ans) !

 Vous trouverez toutes les informations nécessaires sur ces romans ainsi que les commentaires sur mon site internet :

www.pierreferin-ecrivain.fr

Pierre Ferin, le 7 juin 2020